1er mai 2019 : Décès d’Anémone, écologiste de la première heure

Article tiré du Monde, de Regards et de Mediapart :

L’actrice française Anémone est morte…
Comédienne populaire, Anne Bourguignon s’était notamment rendue inoubliable en incarnant Thérèse dans le film « Le Père Noël est une ordure ».

Anne Bourguignon, connue sous le nom d’Anémone, est morte mardi 30 avril à l’âge de 68 ans des suites d’un cancer du poumon.

Comédienne populaire ayant fait ses débuts dans le café-théâtre, elle s’était notamment rendue inoubliable en incarnant Thérèse dans le film Le Père Noël est une ordure, réalisé par Jean-Marie Poiré en 1982, avec la troupe du Splendid.
A l’affiche de nombreuses comédies comme « Viens chez moi, j’habite chez une copine » (1982), de Patrice Leconte, elle incarne aussi des rôles plus sensibles comme le personnage de Marcelle dans « Le Grand chemin » (1987), de Jean-Loup Hubert, qui lui valut un César de la meilleure actrice l’année suivante.

Écologiste de la première heure, elle avait été candidate écolo à Paris, mais elle était très pessimiste sur l’avenir : « Ça va aller de pire en pire, il n’y a plus d’eau, les sols crèvent, on va sûrement avoir des épidémies, des famines, une guerre nucléaire… »
En Tatie Danielle de la fin du monde, elle s’épanche bien davantage sur notre planète –qu’elle juge définitivement foutue –que sur sa carrière. Parle avec plus d’assurance des dégâts causés par le glyphosate de Monsanto et des bienfaits de la permaculture que de cinéma et de théâtre.
Écologiste de la première heure –elle a voté René Dumont en1974 –, soutien d’Attac dès sa création, l’actrice a été très tôt sensibilisée aux désordres de l’environnement grâce à ses lectures (Printemps silencieux, de Rachel Carson, Plon, 1963), et à son frère, l’agronome Claude Bourguignon : «Il faisait de l’ornithologie. Voyant disparaître leur sujet d’étude à vive allure les ornithologues ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme. J’ai grandi avec ça.»
Elle garde un souvenir «génial» du forum des altermondialistes à Porto Alegre au Brésil et se scandalise du regard méprisant porté pendant longtemps sur les écologistes. «On nous traitait de fous, de Cassandre, peste-t-elle. Alors que c’est frappé au coin du bon sens : on ne peut pas rêver d’une croissance infinie de la population et de la consommation individuelle sur une planète qui n’est pas en expansion.» Aujourd’hui, elle envoie tout balader, ne veut même plus se révolter parce que «c’est trop tard, toutes les études convergent. Il y a cinquante ans, on aurait pu faire autrement. Maintenant, démerdez-vous. Ça va finir avec de grands bûchers. On n’arrivera plus à enterrer les gens tellement ils mourront vite.»
Et Anémone d’enfoncer le clou de la désespérance : «C’est une loi de la biologie : toute espèce proliférant arrivée au stade de la pullulation (ce qui est le cas de l’espèce humaine) connaît un crash démographique à la hauteur du boom qui a précédé. Je ne vois pas pourquoi on ferait exception.»

Ces dernières années, elle avait été à l’affiche de « Jacky au royaume des filles » (2014), de Riad Sattouf, « Rosalie Blum » (2016), de Julien Rappeneau, et « La Monnaie de leur pièce » (2018), d’Anne Le Ny, son dernier film. Malade depuis quelques années, elle avait annoncé sa retraite à la fin de l’année 2017 après avoir joué dans une dernière pièce, « Les Nœuds au mouchoir », de Denis Cherrer, où elle incarnait une vieille dame atteinte d’Alzheimer.

« Après ça, j’arrête. J’en ai marre, j’ai envie qu’on m’oublie », jurait-elle au Monde en décembre 2017. Anémone n’aspirait alors qu’à une chose : « Ne rien faire, renouer avec la vie de légume que j’affectionne. Buller sur mon canapé à la campagne. La ville ça pue, ça fait du bruit. »

Au revoir, Anémone

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