31 janvier 2020 : : Le conditionnement des déchets nucléaires en question

un article d’Enerpresse N°12502 (quotidien destiné aux professionnels de l’énergie)

Le conditionnement des déchets nucléaires que certains États prévoient d’enfouir profondément sous terre ne prend pas en compte une interaction entre certains composés
qui pourrait accélérer leur dégradation, met en garde une étude scientifique publiée lundi 27 janvier, a rapporté l’AFP. Une étude pilotée par l’université américaine de l’Ohio, publiée dans la revue Nature Materials, met en lumière le fait que la corrosion du verre ou de la céramique utilisés pour confiner ces déchets est « accélérée de façon significative » dans certaines conditions.

L’étude se base sur les conditions environnementales du site de Yucca Mountain dans le Nevada aux États-Unis, un temps envisagé par les Américains comme site de stockage en
couche géologique profonde.

Pour Stéphane Gin, chercheur au Commissariat à l’énergie batomique (CEA) en France, et l’un des auteurs de cette étude, le résultat « est inattendu »

« Jusqu’à présent, on considérait que l’acier inoxydable était inerte, qu’il finirait par s’oxyder malgré son nom, mais que vis-à-vis du verre qui contient les radioéléments il ne jouait aucun rôle », a-t-il expliqué à l’AFP. Sur un temps long, quel que soit le lieu de stockage profond, l’eau finit toujours par remplir les vides, notent les chercheurs. Dans ces conditions, la corrosion de l’acier est accélérée, accélérant elle-même la dégradation du verre et le risque de libération des éléments radioactifs. Mais l’étude ne donne pas d’éléments chiffrés sur le temps à partir duquel les colis pourraient devenir problématiques.

En outre, « la durée de vie et la stabilité du verre qui encapsule les radionucléides (sont) très dépendants de l’environnement, des conditions chimiques autour du colis, donc du site de stockage dans lequel on va les mettre », a souligné M. Gin, assurant que les résultats « ne sont pas transposables directement » à d’autres projets comme celui de Cigéo mené par l’Andra en France.

Les conditions chimiques sur le site du Nevada « sont plus agressives » que celles du site choisi parla France pour stocker les déchets à 500 mètres sous terre à Bure, a-t-il assuré.

Même si les conclusions pourraient ainsi être « moins défavorables », il a toutefois jugé opportun de se poser la question pour ce projet controversé dont les antinucléaires réclament l’abandon. (Avec AFP)

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