7 juin 2019 : Décès le 8 mai d’un écologiste infatigable : Alain Hervé

article extrait du magazine Biosphère Info :

Les derniers mots d’Alain Hervé : « La planète vous dit m… ! »

« Il s’agit d’observer l’homme qui prolifère sur la planète Terre. Stupéfiante tribu capable de produire du jour la nuit, de la chaleur en hiver, d’asservir les plantes et les autres animaux à son profit, de bouleverser les cycles de la nature. Mais bizarre paradoxe : cet anthropos n’hésite pas à s’attaquer aux sources mêmes de son existence. A l’atmosphère qu’il respire, à l’eau qu’il boit, à la terre qui produit sa nourriture. L’homme mis au courant de cette entreprise d’autodestruction de sa propre espèce répond par cette formule étrange : « la planète est en danger ». Si la planète pouvait s’exprimer, elle lui répliquerait : « La planète te dit m… ! » En effet la disparition du mammifère humain laisserait la planète disponible pour d’autres manifestations de l’évolution de la vie. Les mots pour le dire, on le voit, ont leur importance. Non, la planète n’est pas en danger. C’est l’espace humaine qui se dissimule à elle-même la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve. La messe est dite. » (Extraits de son billet dans l’Écologiste d’avril-juin 2019)
1970, Alain Hervé lance les Amis de la Terre
Les Amis de la Terre France déposèrent leurs statuts à la préfecture de Paris le 11 juillet 1970. Les principaux fondateurs étaient Edwin Matthews, un avocat américain résidant à Paris, et Alain Hervé, un poète, navigateur et reporter. Le Comité de parrainage comprenait Jean Dorst, Pierre Gascar, Claude Lévi-Strauss, Théodore Monod et Jean Rostand.
1972,La dernière chance de la terre (hors-série du Nouvel Obs, juillet 1972)
Alain Hervé a dirigé le numéro spécial du Nouvel Observateur, « La dernière chance de la terre », en avril 1972. Ce supplément a été tiré à 200 000 exemplaires. Voici l’éditorial d’Alain Hervé : « La Terre est en danger. Elle a été mise en danger notamment par le développement de la civilisation industrielle occidentale. C’est ce qu’on appelle le péril blanc. Océans pollués, terres stérilisées, atmosphère empoisonnée, tissu social disloqué, civilisations tribales écrasées. Pendant ce temps des imbéciles, qui ne sont même pas heureux, chantent des hymnes au progrès : le produit national brut s’accroît, la consommation d’énergie s’accroît, la population s’accroît. Nous voici contraint de découvrir que l’histoire ne peut se répéter. Une loi nouvelle, celle de l’accélération, change notre destin. En cinquante ans, la vie a changé davantage qu’au cours des millénaires. Et tout va aller encore plus vite désormais. En vérité, il reste dix ans à peine pour définir des solutions. »
1973, le mensuel Le Sauvage
En 1973, Le premier numéro paraît sous le titre : L’Utopie ou la mort. Le texte suivant a été écrit par Alain Hervé en décembre 1973, au moment du premier choc pétrolier marqué par un quadruplement du prix du baril.
« Le commerce pétrolier consiste à échanger une matière première qui devient rare contre du papier-monnaie. De ce papier, les principaux producteurs ont assez ; si les Bédouins du désert laissaient le pétrole en terre, il risque de doubler de valeur en un an. Pourquoi n’ont-ils pas coupé le robinet plus tôt ? Parce que les circonstances politiques ne s’y prêtaient pas et parce qu’ils ont eu le rapport du Club de Rome entre les mains. Ils ont eu l’occasion d’y lire que d’ici trente ans environ leur seul capital leur aurait été totalement extorqué et qu’il leur resterait le sable pour se consoler. Ils ont aussi compris à quel point les Occidentaux et leur fragile civilisation étaient devenus dépendants du pétrole. Gérants intelligents, ils ont donc décidé de vendre de moins en moins et de plus en plus cher. Logique, non ? Curieusement cette logique surprend tellement les occidentaux qu’ils refusent encore d’y croire. Le pétrole était entré dans les mœurs. On savait qu’un jour il se ferait rare, mais on ne voulait pas le savoir. On misait toutes les chances de l’industrie aéronautique française sur le supersonique Concorde. On savait qu’une flotte de 200 de ces avions aurait épuisé en cinq ans l’équivalent de la totalité du gisement de Prudoe Bay en Alaska, et cependant on construisait le Concorde.
Il faut dire que sans pétrole, adieu l’agriculture industrielle, adieu les loisirs, adieu la garantie de l’emploi, adieu la vie en ville… toute l’organisation économique, sociale et politique est remise en cause. Le château de cartes vacille. Et si ce n’est pas pour cette fois-ci, ce sera dans deux ans, dans cinq ans. Restriction, pénurie, disette, les machines ralentissent, s’arrêtent. La dernière explosion dans le dernier cylindre nous laisse apeurés, paralysés… libérés. En effet la société conviviale, désirée par Ivan Illich, peut naître, c’est-à-dire une société dans laquelle l’homme contrôle l’outil. »
1989, Merci la Terre, nous sommes tous écologistes
Pour le site biosphere.ouvaton, Alain Hervé a envoyé un résumé de son livre « Merci la Terre, nous sommes tous écologistes ». Edité en 1989, mis au pilon par le gouvernement socialiste de l’époque, ce livre était pourtant programmé pour servir de livre de chevet pour les adolescents de l’époque. Il a fallu attendre 2012 pour en voir une nouvelle édition (Sang de la Terre, 74 pages – 4,90 euros). Nous en avons fait un résumé dans un Biosphere-Info. Voici un extrait de Merci la terre :
« La chasse d’eau fut inventée par un Anglais, en 1775. Ce système, qui est synonyme d’hygiène et de civilisation moderne, n’est cependant pas généralisable, pour deux raisons. D’une part, il coûte trop cher, aucun pays du tiers-monde ne peut l’envisager, sauf pour le centre de sa capitale. D’autre part, il n’y a pas assez d’eau. Toute l’eau de l’Himalaya ne suffirait pas à emplir les chasses d’eau d’un milliard de Chinois… »
2010, « Le Paradis sur Terre, le défi écologique », un livre d’Alain Hervé. Extraits :
« A quoi sert l’homme ? La biologiste Lynn Margulis propose une hypothèse : l’homme est un animal domestique élevé par les bactéries pour leur permettre de voyager et éventuellement de migrer vers d’autres planètes. Se souvenir que les bactéries occupent quarante pour cent de notre masse corporelle.
A quoi sert l’homme ? Les économistes répondent : à produire et à consommer, et que ça saute. L’homme se reposera en regardant la publicité pendant trois heures et demie par jour sur les écrans de télévision.
A quoi sert l’homme ? Après recherche, consultation et réflexion, nous proposons une réponse provisoire : à rien. Oui, je sais, il a inventé le téléphone portable, mais les pingouins et les pissenlits n’en ont rien à faire.
Entre le petit trou dont il sort et le grand trou dans lequel il va tomber, il ne fait que consommer gaspiller, détruire, prêcher l’accélération, la prédation… Il se sert. Il s’est servi et il n’a rien rendu. Pourrait-il encore enchanter le monde, le servir, ne plus seulement se servir ? »
2011, les (nouveaux) sept péchés capitaux, une rubrique dans l’Écologiste
Jusqu’à sa mort, Alain Hervé a tenu régulièrement depuis l’an 2000 le billet en dernière page de chaque livraison de la revue L’Écologiste. Voici un résumé du n° 35, octobre-décembre 2011 :
La luxure est devenue pornographie, la gourmandise gastronomie, la paresse un savoir-vivre, l’orgueil la réussite sociale, l’envie l’esprit de compétition, l’avarice la spéculation et la colère une saine agressivité. Non seulement nous célébrons les sept péchés capitaux, mais nous en avons inventé d’autres, symptômes du dérèglement généralisé actuel :
• la vitesse fait l’objet d’un véritable culte du record, faisant oublier les bénéfices de la lenteur ;
• la surconsommation devient une règle absolue, jusqu’à l’obésité ;
• le luxe reste obscène en ces temps de famine somalienne ;
• le tourisme du « tout voir sans rien voir » remplace l’amour du voyage ;
• la médiatisation des faits divers éclipse l’effondrement de notre civilisation ;
• la productivité forcenée remplace l’art de l’artisan ;
• la sécurité obsessionnelle mobilise un hélicoptère pour « sauver » une touriste qui s’est foulée la cheville.

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